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Dans le cadre de sa leçon inaugurale du 10 novembre 2026, la professeure Isabella Rega propose un regard original sur l’utilisation des médias digitaux. Le but est de mettre l’information au service des communautés. Son approche se fonde sur une riche expérience de terrain dans divers pays.

Souvent décriés, les médias digitaux cristallisent les dérives de certains modèles commerciaux sous-jacents qui cherchent à rendre les utilisatrices et les utilisateurs captifs. Toutefois ces outils peuvent aussi être mis au service des populations et être conçus par et pour les communautés. Un renversement de perspective qui place la notion d’impact a cœur des réflexions. Travaillant sur ces thématiques, la Professeure Isabella Rega a trouvé à la HEG-Genève un lieu pour poursuivre son engagement et développer ses recherches en les confrontant au terrain.

Comment avez-vous développé votre approche très engagée des médias digitaux?

Adolescente, je voulais travailler pour un musée d’anthropologie, mais je me suis formée dans ce qu’on appelait à l’époque les technologies de l’information et de la communication. Je sentais que c’était quelque chose qui serait utile, qu’il fallait l’intégrer. D’autant que ces outils constituent une base commune pour lier les gens et les cultures. Durant ces études, j’ai fait un stage avec le Programme des Nations unies pour le développement en Jamaïque où je m’occupais d’un de leurs centres pour l’accès communautaire aux technologies de l’information et de la communication.

Après ma formation, je savais que je voulais m’engager sur des sujets concrets. Ce qu’on appelle des projets d’action-recherche. Ainsi, dans le cadre de mon doctorat, j’ai travaillé sur l’éducation et l’accès aux médias et au digital dans différents pays africains. Une approche que j’ai continué à développer par la suite. Par exemple, au Kenya, nous avons développé une app pour permettre de facilement référer les enfants des bidons-villes à une clinique. Cet outil a permis de lier éducation et santé communautaire, mais aussi de révéler une quantité insoupçonnée d’enfants handicapés marginalisés par leur propre communauté et qui étaient hors système.

Le véritable tournant est venu dans le cadre d’un projet d’« artivisme » à Rio au Brésil. J’ai alors réalisé que les médias digitaux peuvent faciliter le changement social et la justice. Notre objectif consistait à étudier et promouvoir l’utilisation des médias digitaux afin de favoriser des contre-représentations et des contre-narratifs pour et de la part des communautés marginalisées, ainsi que de connecter les différents groupes pour favoriser des sociétés plus juste et plus inclusives. J’ai alors pris conscience à quel point notre travail produit un effet sur les gens. Le fait de nommer et de rendre visible fait la différence. Toute le monde a une voix, mais celle-ci doit avoir le droit d’être entendue. Cela semble évident, pourtant les projets basés sur la participation des communautés impliquées produisent plus d’impact.

Est-ce que ces collaborations ont des limites d’un point de vue académique?

Oui, je me suis déjà interrogée quant aux risques liés à l’impact que nous produisons avec certains projets. Généralement, les personnes qui contribuent à une publication sont citées, mais lorsque celles-ci risquent leur vie si elles sont identifiables, l’anonymat semble plus judicieux. Pourtant, dans le cas des artistes et des activistes, elles et ils demandent souvent à être nommés malgré tout. Même si respecter leur volonté est essentiel, cela nous interroge en tant que scientifique sur les implications éthiques de notre recherche.

Allez-vous continuer à réaliser ce type de projet en étant maintenant à Genève?

Bien sûr ! Je travaille actuellement sur plusieurs projets que je souhaite soumettre: à nouveau avec le Brésil sur la numérisation des archives communautaires, et avec le Ghana et l’Inde sur les futurs imaginaires de la participation citoyenne. Par ailleurs, il existe partout des communautés marginalisées. A Genève, j’espère notamment pouvoir travailler sur des projets impliquant les communautés de personnes réfugiées ou issues de la migration, surtout avec les femmes.

A ce titre, les enseignements et les recherches menées à la HEG en lien avec la gestion de l’information pour les institutions comme les bibliothèques est une excellente opportunité pour faire de ces endroits des lieux de rencontre et de partage. C’est aussi dans cette perspective qu’il faut étendre cette approche aux organisations telles que les galeries, les archives ou encore les musées, qui sont toutes des « institutions de la mémoire ». Autant de possibilités réalisables à Genève et en Suisse.

Finalement, en complément et afin de préparer la relève, j’espère pouvoir faire bénéficier les étudiantes et les étudiants de mes différents réseaux pour leur permettre de réaliser des projets de terrain.

 

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